ACTE 3 (ler tableau)


L'action se passe en fin de journée dans la brousse, au centre du Kenya, sous une grande tente de safari (ou une case). Lits de camp au matelas à terre. Tenue de safari pour les personnages parisiens (surtout pour la veuve), sinon tenue de vacances (habits légers en toile, casquettes, chapeaux au même mouchoir noué sur la tête). Honoré a changé de tenue. Tandis qu'à Paris, il portait une robe longue africaine, là il est habillé court (genre sorcier) avec jupette, plumes, etc. Il a le visage peint.

Lorsque le rideau s'ouvre, les parents de Sophie sont seuls dans la tente (ou case) et élaborent des plans pour la retrouver.



GERMAINE Non, non, non et non ! Je ne descendrai pas cette rivière en radeau, inutile d'insister ! Je n'ai pas envie de me faire happer par un hippopotame ou un crocodile ! Et d'ailleurs ... rien ne prouve que Sophie soit passée par là !

LOUIS Mais si ! Regarde . . . sur la carte (il lui montre l'endroit sur la carte) il y a bien une rivière !

GERMAINE Cela ne veut rien dire ! Toutes les rivières sont en crue en ce moment, difficile de choisir la bonne !

LOUIS Avec un guide, on ne risque rien d'essayer

GERMAINE Il n'en est pas question ! Il faut trouver une autre piste. La directrice est allée se renseigner ... on n'a qu'à attendre qu'elle revienne !

LOUIS (résigné) Si tu le dis.

GERMAINE (tournant en rond) Mais qu'est-ce qu'elle fabrique ? Ce n'est pas normal, elle est partie depuis deux heures !

LOUIS Elle s'est peut-être fait manger par un lion ? Il parait que dans cette région on y rencontre des lions mangeurs d'hommes

GERMAINE Tais-toi imbécile, tu me fais peur !

LOUIS (riant) C'était une blague ! Enfin presque ... parce que j'ai lu dans un livre qu'ici en 1898 deux lions diaboliques avaient tué et mangé 28 travailleurs indiens du chemin de fer et une centaine d'africains des environs ... Tu te rends compte

GERMAINE Tu vas te taire, oui !

LOUIS Ben, pourtant c'est la vérité !

GERMAINE Vérité ou pas, on est dans un beau guêpier ! (gesticulant) Et avec ces moustiques qui n'arrêtent pas de me tourner autour

LOUIS Tiens, c'est drôle ... moi, ils me laissent tranquille !

GERMAINE Si je dois revivre une nuit comme la précédente, je vais devenir folle ! Avec cette espèce de rat qui rôde partout, j'ai eu une de ces frayeurs !

LOUIS Ce n'est pas un rat, c'est une mangouste et en plus, elle est apprivoisée ! Et c'est aussi une mangeuse de serpents !

GERMAINE Oh! et puis, je meurs de soif !

LOUIS Il y a un breuvage ... (il lui tend un bol de lait) Si ça te dis, prends-le !

GERMAINE (méfiante) Qu'est-ce que c'est ?

LOUIS Rien de spécial ! Je crois que c'est du lait caillé de chèvre au goût de yaourt fumé ...

GERMAINE Il a une drôle de couleur

LOUIS C'est normal, il est mélangé à du sang de gnou

GERMAINE Beurk ! (elle lui rend le bol) C'est dégoûtant ! Je n'en veux pas, je préfère encore mourir de soif !

LOUIS Comme tu voudras !

GERMAINE Chut ! ... Ecoute(on entend des bruits de tam-tam, puis des éléphants qui barrissent, des lions qui rugissent, etc.) Tu entends ces bruits au loin ? On dirait des tams-tams !

LOUIS Non, je n'entends rien !

GERMAINE Tu es sourd ma parole ! Les bruits se rapprochent.

LOUIS Ah! si, j'entends maintenant !...on dirait des tam-tam

GERMAINE Et des lions qui rugissent ...

LOUIS Des éléphants qui barrissent ...

GERMAINE Des oiseaux qui piaillent ...

LOUIS Et des baboins qui se battent...

GERMAINE Louis ... j 'ai peur (s'approchant de lui, gentille) Prends-moi dans tes bras ! dans tes bras.

LOUIS (surpris) Tu ... tu crois que je peux !

GERMAINE (s'agrippant à lui) Mais oui, mon zazou !

LOUIS Alors je ne suis plus ton imbécile ?

GERMAINE Embrasse-moi ... idiot !

Elle l'attire à elle, mais Louis n'a pas le temps de lui donner un baiser, car au même moment entre la veuve dans un accoutrement extravagant (chapeau de safari, fusil à l'épaule, bottes montantes, etc...)

CLAIRE (hautaine) Ça y est très chers ! Je crois que je suis sur une piste !

LOUIS (râlant) Zut ! Elle a tout fait rater Pour une fois que le poisson mordait à l'hameçon !

GERMAINE Qu'est-ce que tu dis Louis ?

LOUIS Rien, rien ! Je méditais ...

GERMAINE Alors, cette piste, racontez, voyons

CLAIRE J'ai fait ma petite enquête ! Il faut immédiatement partir en direction du Kilimandjaro !

GERMAINE Ah! non, pas question ! Je ne vais pas faire de l'escalade, j'ai le vertige ...

CLAIRE Voyons, très chère, il n'est pas question d'escalader le Kilimandjaro !

GERMAINE J'aime mieux ça ! Et c'est loin d'ici ? Je ne sais même pas où nous sommes exactement !

LOUIS Une chose est sûre, nous sommes dans la brousse et pas au bord de la Seine !

GERMAINE Tais-toi imbécile !

LOUIS Ca y est, ça recommence ! C'était trop beau !

CLAIRE Aucune raison de vous inquiéter, très chère j'ai tout prévu ! Un guide et une landrover nous attendent au-dehors. Allez, dépéchez-vous, venez !

GERMAINE Mais il se fait tard !

CLAIRE Vous voulez retrouver votre fille oui au non ?

GERMAINE Bien entendu !

CLAIRE Alors, allons-y, ne perdons pas de temps !

LOUIS Le fusil ... il est chargé ?

CLAIRE Bien sûr, quelle question !

LOUIS Et vous savez vous en servir ?

CLAIRE Non, mais j'apprendrai ! (Elle sort)

LOUIS (à Germaine) C'est bien ce que je pensais

GERMAINE Tu penses trop pour une fois Louis ! Allez,, amène-toi !

Ils sortent. Bruit de landrover qui démarre. Aussitôt après arrive la directrice, essoufflée; trop tard, il n'y a plus personne ... sauf Honoré qu'elle ne reconnaît pas tout de suite, vu sa tenue et son maquillage.

ANAIS (entrant en trombe) Monsieur et Madame Robiquet ! Il faut que je vous parle ! (surprise) Mais il n'y a plus personne ici

Entre l'africain en tenue décrite ci-avant, jambes nues, clochettes au mollet (ou à la cheville), portant une longue flèche et un sac de jute (ou peau). Il a vraiment l'aspect d'un sorcier africain, bien qu'il ne soit qu'un Nnanga (guérisseur qui conjure les mauvais sorts).

HONORE (tout souriant) Jambo ! Habari ? Mzuri, asante sana

ANAIS (effrayée) Ah! mon Dieu, qui êtes-vous ? (reculant) Surtout n'approchez pas, sinon ... sinon ... (elle regarde autour d'elle afin de s'emparer d'un objet pour se défendre, mais ne trouve rien et dans son élan, elle tombe sur un lit)

NONORE Pole Pole (prononcer Poli poli) (trad.: doucement, doucement) Je suis Honoré !

ANAIS (qui ne l'a toujours pas reconnu) Moi aussi, je suis très honorée, mais ... (essayant de se lever) Mais ...

HONORE (s'approchant d'elle pour l'aider) AKUNA MATATA (Il lui tend la main).

ANAIS (fort) Non, ne me touchez pas ! Je vous donnerai tout ce que j'ai ... mais laissez-moi tranquille !

HONORE Vous pas comprendre ! Je suis Honoré Dumbala. Je viens de Paris.

ANAIS (réalisant enfin) Quoi ! Vous êtes ... Mais enfin, qu'est-ce que vous faites ici ? Vous m'avez fait une de ces peurs (elle lui tend la main afin qu'il l'aide à se lever)

HONORE Honoré vouloir aider vous à retrouver Sophie

ANAIS Vous connaissez Sophie ? C'est donc que vous l'avez rencontrée à Paris ! J'en étais sûre ! C'est vous qui l'avez entraînée ici, niest-ce pas ?

HONORE Non, détrompez-vous ! Honoré gentil africain en vacances dans son pays natal !

ANAIS Quelle coïncidence tout de même

HONORE Une coïncidence bien généreuse ... grâce à votre employée de maison.

ANAIS (réfléchissant) Marina ? Mais je croyais qu'elle vous détestait Et j'ai fermé l'agence depuis mon départ ... Comment avez-vous fait ?

HONORE Elle a voulu me consulter "personnellement" ! Alors je l'ai reçue dans mon cabinet ...

ANAIS Rien que ça ?

HONORE (riant) Elle m'a offert du chocolat noir, dites-donc !

ANAIS Je n'en reviens pas ! Alors, où est Sophie ? Avez-vous une idée ?

HONORE Il faudrait me couper la main si je le savais et que je gardais le silence !

ANAIS (décue) Donc, vous ne savez rien ...

HONORE Cependant, j'ai un bon pressentiment ! Regardez ! (il lui montre le gri-gri qu'il avait offert à Sophie) C'est le gri-gri que j ai donné à Sophie à Paris ! Je l'ai retrouvé non loin d'ici dans un maquis ! Un restaurant populaire semi-clandestin, où le menu est du gibier fourni par les braconniers.

ANAIS Des braconniers ? Quelle horreur !

HONORE Eux vouloir beaucoup d'argent ! Faire commerce avec ivoire d'éléphants et corne de rhinocéros ...

ANAIS Ils sont dangereux ?

HONORE Ils ont des armes automatiques. Il vaut mieux ne pas les rencontrer.

ANAIS (angoissée) Oui, en effet ! Honoré, qu'allans-nous faire pour la retrouver ?

HONORE Présentement, je crois qu'il faut partir à sa recherche.

ANAIS oui, mais la nuit tombe et il n'y a plus personne ici !

La lumière diminue. On entend à nouveau les bruits (tam-tam, etc.)

HONORE Nous partirons demain matin au lever du soleil !

ANAIS Bonne idée ! (inquiète) Mais où sont les autres ?

HONORE Je vais aller me renseigner ! (il s'apprête à sortir)

ANAIS Non ! Ne me laissez pas toute seule ici J'ai trop peur

HONORE Dans ce cas, il faut venir avec Honoré

ANAIS Non, pas question ! il fait presque nuit,on y voit plus rien !

Je n'ai pas envie de marcher sur un serpent ou un lézard !

HONORE (moqueur) Ou de vous cogner sur un éléphant ... surtout s'il a des fourmis dans sa trompe, il peut devenir furieux !

ANAIS (mielleuse) Honoré ... je ... je vais vous demander quelque chose qui va vous paraître bizarre ... mais ... mais j'espère que vous accepterez ! Voilà ! ... Seriez-vous d'accord de dormir avec moi cette nuit ?